Murum

Au secondaire, je me suis prise de passion pour le latin. Durant plusieurs années, je parlais littéralement latin. Ensuite, je me suis rendue compte que cette passion me permettait de définir des mots que je voyais pour la première fois parce qu’ils étaient d’étymologie latine. Jusqu’à présent, ces connaissances que j’ai acquises me sont utiles. Depuis quelques années, il est question de construire un mur entre deux pays de l’Amérique. Pour toutes sortes de raisons. Certaines plus farfelues que d’autres. En grandissant, j’ai étudié la Grande Muraille de Chine et le Mur de Berlin. J’ai aussi grandi avec les murs dont mon père ne cessait d’augmenter la hauteur chaque année. Deux ou trois rangées de bloc de plus quand il considérait que la maison était trop visible. A la fin, on ne voyait plus la rue. Pour compléter le tout, il n’a pas négligé de faire installer une barrière plus grande. A un moment, je trouvais toute cette fortification ridicule, mais aujourd’hui, je veux croire qu’il le faisait pour le bien de sa famille. A cause d’un peu de paranoïa aussi. Trait de caractère dont j’ai hérité et qui fait rigoler Daniel. Je vois le mal partout.

Pour en revenir au mur ! Je suis loin de m’intéresser à l’aspect politique, social ou économique de la chose. Mon père m’a appris très tôt que toute action posée par un politicien est soutenue par une pléiade d’objectifs, pas souvent louables. Citoyenne d’Haïti et du monde, je regarde faire parce que je suis fatiguée.  Blasée. Agacée. Je réalise alors la quantité de murs que nous avons érigés en tant que personne. Dans notre vie personnelle, professionnelle, spirituelle ou autre. Nous construisons des barrages qui parfois nous conduisent à notre propre perte. Très souvent, nous refusons de nous en défaire. Pour toutes sortes de raisons. Valables ou pas. Des murs à droite, à gauche. A n’en plus finir. Cela dit, ils ne sont pas tous néfastes. L’an dernier, je me suis bâtie un beau mur épais qui m’a rendue si conne que je n’ai pas vu le temps passer. J’ai volontairement refusé des disputes et des prises de bec. Délibérément, j’ai gardé le silence dans des situations où j’avais tellement à dire. J’ai gardé mon énergie pour écrire, dormir et faire le deuil. A ma façon.  C’est un abri que je compte garder pour me faciliter la tâche. Par contre, il y d’autres murs dont je vais me défaire. Ils sont nombreux mais je vais m’y attaquer lentement mais surement. Et je réussirai, tout en érigeant de nouveaux. Selon le besoin.

Un mur peut servir d’appui, de protection mais aussi d’instrument de division, de séparation. Un mur est aussi une façade ; ce que nous montrons à notre entourage pour mieux cacher nos secrets les plus sombres ou tout simplement un rêve que nous refusons de partager. Façade qui nous permet de pleurer dans le noir. De souffrir en silence. De mentir sur la vraie nature d’un problème. De sourire à quelqu’un au lieu de lui faire un doigt d’honneur. Tant que les autres ne savent pas ce que nous pensons vraiment, nous avons toute la liberté d’être faux ou de retenir une information vitale ou pas. Ou tout simplement ne pas vouloir partager son quotidien, intentionnellement. Il n’est pas obligatoire de le faire. Les fossés que nous creusons autour de nous amènent leur lot de conséquences, parfois très amères. Nous perdons de vrais amis. Parce qu’ils ne comprennent pas. Ou que nous n’avons pas la force de leur expliquer ce qui se passe……parce qu’ils ne comprendront pas.  Tout simplement.

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