Le prix à payer..

Ses amis se prélassaient sur le sable chaud. Certains dormaient et d’autres lisaient. Ils ne lui prêtaient pas attention. Cela faisait bien dix minutes qu’elle allait et venait, les pieds dans le sable chaud. De temps en temps, elle leur jetait un regard furtif. C’était une belle journée. Le soleil ardent tendait ses beaux rayons vers la terre et n’épargnait personne. Tout le monde était de bonne humeur. Pour une fois, depuis de nombreux mois, elle avait pu dormir profondément la veille. Aucun rêve, aucun cauchemar. Le calme plat. C’était parce qu’elle s’était enfin décidée.

Indhira plongea dans les eaux bleues et commença à nager. Lentement d’abord, puis vigoureusement. L’eau était tiède et les vagues sommeillaient, ce qui facilita ses mouvements et lui permit d’avancer plus rapidement. Dès son plus jeune âge, elle avait été attirée par la natation. En étant passionnée, elle avait pu gagner de nombreuses compétitions nationales et internationales. Après ses nombreuses victoires, la presse l’avait affectueusement surnommée « la sirène ». Elle ne passait pas une journée sans nager. Peu brillante à l’école, elle avait renoncé à toute idée de s’inscrire à l’université. Au grand désespoir de ses parents.

Ses amis la cherchèrent pendant des heures et ne la retrouvèrent point. Paniqués, ils avaient finalement contacté ses parents. Les recherches durèrent des mois. Meurtris et terriblement attristés, ses parents avaient décidé de laisser tomber. Ils s’étaient dit qu’elle  était morte noyée et qu’un jour, quelque part, les vagues vomiraient son corps sur le rivage. Elle eut droit à des funérailles symboliques et la vie reprit son cours lentement. Etant enfant unique, son absence créa un vide horrible dans la maison familiale. Chaque jour, ses parents revenaient sur la plage pour pleurer.

L’épidémie faisait rage dans le pays et personne ne pouvait y trouver une solution. Aucun scientifique ne sut comment et pourquoi tant de citoyens pouvaient contracter une maladie qui n’avait pas l’air contagieuse. Les gens mourraient par milliers. Les fausses communes se multipliaient. La terreur s’était installée dans le pays. Livrée à elle-même, la population attendait la fin. Tous les membres du gouvernement étaient morts. Des familles entières mouraient. Les gens commençaient à vomir et en quelques secondes, passaient de vie à trépas. La panique s’amplifia quand de nombreuses personnes de la diaspora décédèrent un peu partout dans le monde. Mise en quarantaine, le pays enterra ses morts et pleura longtemps.

Les âmes se retrouvèrent toutes dans un trou noir au fond de l’océan. Apeurées, elles virent avancer vers elles une dame qui les informa que c’était le prix à payer pour avoir pillé leur pays. Quiconque était corrompu de près ou de loin était mort afin de donner un nouveau souffle à la patrie. Tous clamaient leur innocence et tentaient de s’expliquer. Mais, la dame, Indhira n’y prêtait pas attention. Elle regardait les âmes de ses parents. Elle vit ses grands-parents qui avaient fait fortune en abusant du système.  Elle était la dernière véreuse hors du trou. A l’aide d’un coquillage, elle se trancha la gorge et se jeta dans l’abime tout en se vidant de son sang. Le liquide rouge se mêla à l’eau salée, scella l’entrée du trou et les âmes se noyèrent.

Djean

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